La "grande guerre sainte" est la lutte de l'homme contre les ennemis qu'il porte en soi. Plus exactement, c'est la lutte du principe le plus élevé chez l'homme contre tout ce qu'il y a de simplement humain en lui, contre sa nature inférieure, contre ce qui est impulsion désordonnée et attachement matériel. [...]. C'est sous la forme de convoitise et d'instinct animal, de multiplicité désordonnée, de limitation anxieuse du Moi fictif, de peur, de faiblesse et d'incertitude, que l'"ennemi" qui résiste, l'"infidèle" en nous, doit être abattu et réduit en esclavage : telle est la condition de la libération intérieure, de la renaissance en cette unité profonde avec soi-même qui, dans les traditions occidentales de l'Ars Regia, est également exprimée par le symbolisme des "deux ennemis qui deviennent une seule chose", ainsi que par la "paix", au sens ésotérique et triomphal.
Dans le monde de l'ascèse guerrière traditionnelle, la "petite guerre sainte", c’est-à-dire la guerre extérieure, s'ajoute ou se trouve même prescrite comme voie pour réaliser cette "grande guerre sainte", et c'est pourquoi, dans l'Islam, "guerre sainte" - jihad - et "voie d'Allah" sont souvent employées comme synonymes. Dans cet ordre d'idée, l'action a rigoureusement la fonction et la fin d'un rite sacrificiel et purificateur. Les aspects extérieurs de l'aventure guerrière provoquent l'apparition de l'"ennemi intérieur" qui, sous forme d'instinct animal de conservation, de peur, d'inertie, de pitié ou de passion, se révolte et oppose une résistance que le guerrier doit vaincre, lorsqu'il descend sur le champ de bataille pour combattre et vaincre l'ennemi extérieur ou le "barbare".
Cet autre passage est important aussi : « La guerre vous a été prescrite, bien qu'elle vous déplaise. Mais quelque chose peut vous déplaire, qui est un bien pour vous et ce qui est un mal pour vous peut vous plaire : Dieu sait, tandis que vous, vous ne savez pas. » Il faut le rapprocher de cet autre: « Ils préférèrent se trouver parmi ceux qui restèrent : une marque est gravée dans leurs cœurs si bien qu'ils ne comprennent pas... Mais le Prophète et ceux qui croient avec lui combattent avec ce qu'ils ont et avec leurs personnes mêmes : ce sont eux qui recevront - et ce sont eux qui prospéreront » - « Dieu a préparé pour eux les jardins sous lesquels coulent des fleuves et où ils resteront éternellement : telle est la grande félicité ». Ce lieu de « réconfort » - le paradis - sert de symbole à des états supra-individuels de l'être, dont la réalisation n'est pourtant pas nécessairement retardée jusqu'après la mort, comme dans le cas auquel se réfère au contraire particulièrement ce passage : « La réalisation de ceux qui sont tués sur la voie de Dieu ne sera pas perdue : [Dieu] les dirigera et préparera leur âme. Il les fera ensuite entrer dans le paradis qu'il leur a révélé ». Dans ce cas, où il s'agit d'une véritable mort sur le champ de bataille, on a donc l'équivalent de la "mors triumphalis" dont on parle dans les traditions classiques : celui qui, dans la "petite guerre", a vécu la "grande guerre sainte", a éveillé une force qui lui fera surmonter la crise de la mort et, après l'avoir libéré de "l'ennemi" et de l'"infidèle", le fera échapper au destin de l'Hadès. C'est pourquoi l'on verra, dans l'antiquité classique, l'espérance du défunt et la piété des parents placer souvent sur les urnes funéraires des images de héros et de vainqueurs. Mais, même pendant la vie, on peut avoir traversé la mort et avoir vaincu, on peut avoir atteint ce qui est au-delà de la vie et être monté au "royaume céleste". […]
Une
race (spirituelle) demeurée intacte
J.
Evola